LE PROJET 

Noces Remix

S’emparer aujourd’hui d’une pièce essentielle du corpus d’un compositeur comme Pierre Boulez, est la possibilité pour moi, en tant que musicien autant que comme chorégraphe, d’aller plus avant dans mon travail sur la construction et la stimulation, «l’ex-citation » du mouvement.

 

La pensée de Boulez irriguera cette pièce chorégraphique, dans le sens où la pensée du mouvement sera totalement déterminée par l’écriture de la musique ainsi que par ses affects.

Je m’efforcerai ainsi de traduire chaque geste ou objet musical par son corollaire chorégraphique, comme j’ai déjà pu le faire dans ma précédente pièce sur la musique des « Noces » de Stravinski. Il est très stimulant pour moi de savoir que Boulez a eu à l’esprit cette œuvre de Stravinski (son instrumentarium et sa structure rythmique) pour composer sa pièce. J’opte donc ici pour une continuité d’écriture, afin d’écrire une pièce qui se situe du côté de l’impulsion, de l’élan, et de l’écoute de l’espace sonore.

LE GESTE MUSICAL

Un autre fondement majeur de mon travail est l’empreinte, indélébile dans mon esprit, du geste de Boulez, en tant que chef d’orchestre. Il y a en effet chez lui une forme très simple de gestuelle, reliée directement à une pensée qui rassemble le son et guide les interprètes, mais aussi une virtuosité quasi-surnaturelle, sans jamais aucune sorte de sur-représentation. Un geste efficace, tendu à l’extrême, mais aussi de la détente, et une extrême attention à l’espace et à l’Autre.

Enfin, étant moi-même pianiste et ayant joué tout le répertoire de Boulez, l’évolution de son écriture stimule autant mes sensations d’interprète (et donc une émotion qui se loge du côté du corps, notamment au niveau du toucher), qu’elle excite mon intellect, fait vibrer ma réflexion.

MUSICIENS, DANSEURS

C’est donc tout naturellement que je convoque au plateau, à la fois le créateur de cette musique, l’Ensemble Intercontemporain (avec ses trois pianistes, trois harpistes, trois percussionnistes et le jeune chef Julien Leroy), mais aussi une équipe de neuf danseurs dans laquelle se cachent également deux musiciens, vrais-faux chefs.

Il m’a semblé en effet intéressant de considérer la profusion des réseaux inscrits dans l’œuvre de Boulez et la possibilité de faire se rencontrer et (ou) diverger les interprètes et leurs partitions.

A l’instar de la pièce musicale qui travaille sur les multiples combinaisons du chiffre 3 (trios de solistes, trios de groupes, etc…), je souhaite donner à la pièce chorégraphique la même imbrication entre les interprètes, les mêmes potentialités d’écriture et d’espace.

Certes, il y a bien trois trios de danseurs, mais je « trouble » cette distribution en la complexifiant par de multiples possibilités combinatoires. Croisements et associations entre danseurs et musiciens, interactions entre chefs, danseurs et musiciens … les combinaisons multiples entre les gestes de chaque protagoniste seront une base de travail extrêmement riche.

ECRITURE MUSICALE, ECRITURE CHOREGRAPHIQUE

Et ce matériau n’est qu’une base de travail, car mon propos n’est pas de calquer simplement les accents de la danse sur ceux de la musique. L’écriture chorégraphique se développera à partir des notions qui sont déjà incluses dans mes dernières pièces, à savoir les canons ou les déphasages, les rétrogradations, les formes fuguées, les changements de tempi, etc…

Nous toucherons donc finalement la question de l’extrême virtuosité, totalement débordante d’énergie dans « sur Incises », et qu’il m’intéresse ici de contrepointer dans la danse. Virtuosité des structures de composition, mais aussi extrême rapidité et  complexité de chacune des partitions chorégraphiques. Aller aux limites des possibilités physiques et mentales des interprètes m’a toujours paru source de création, dans ce que cela peut traduire une forme de révélation du corps.

LE CADRE SCENIQUE

Pour donner à lire ce travail, le cadre de cette pièce sera un dispositif simple. Il s’agit de respecter la localisation des instruments, telle que l’a imaginée Pierre Boulez, et de faire circuler la matière chorégraphique à l’intérieur et « sur les bords » de l’espace sonore.

Les danseurs emprunteront donc les territoires des musiciens, entrant et sortant de leur espace selon une partition de contraintes extrêmement précise. Le dispositif lumineux est intégré à la chorégraphie et voyage lui aussi, à l’extérieur mais aussi à l’intérieur de l’espace musical. Tout cela pour exacerber les multiplications possibles de réseaux humains, sonores et gestuels.

Loin d’une interprétation ascétique, austère ou aride de la pensée boulézienne, cet objet chorégraphico-musical se propose de faire voyager les sons et les postures dans une attention toute poétique.

Extrait de la Note d’Intention

“Un autre fondement majeur de mon travail est l’empreinte, indélébile dans mon esprit, du geste de Boulez, en tant que chef d’orchestre. Il y a en effet chez lui une forme très simple de gestuelle, reliée directement à une pensée qui rassemble le son et guide les interprètes, mais aussi une virtuosité quasi-surnaturelle, sans jamais aucune sorte de sur-représentation. ”

Le geste musical & BoulezAurélien Richard

Générique

Interprétation

Yohann BARAN,
Miguel DE SOUSA,
Caroline DUCREST,
Philippe LEBHAR,
Charlotte LOUVEL,
Guillaume MARIE,
Kevin MARTIAL,
Aurélien RICHARD,
Nina VALLON.

Musique

Pierre BOULEZ

Lumière

Caty OLIVE

Production

LIMINAL

Co - Production Noces (2003)

Centre National de la Danse / Le Quartz – Scène Nationale de Brest / CDC Toulouse Midi-Pyrénées Le Musée de la Danse dans le cadre de la misson Accueil-Studio.

Création

2020

Liminal